15h15

J’ai pris cette photographie le 18 juillet 1972, très exactement à 15h15. Il s’agissait d’un orme de plusieurs dizaines de mètres, certainement l’arbre le plus haut sur le plateau d’Evry. L’histoire lui a laissé le nom d’« Orme à Martin ». Quelques années auparavant, les urbanistes de l’EPEVRY avaient pourtant accordé une attention toute particulière pour sauver cet arbre. En effet, le tracé de la future ligne de chemin de fer sur le plateau devait suivre une courbe afin de contourner et ainsi sauvegarder le végétal. Seulement, son abattage fut inéluctable en raison des travaux sur la ligne ferrée, d’autant que tous les ormes d’Europe étaient alors condamnés par une maladie.
Au matin du 18 juillet, on m’informe que l’ « Orme à Martin » va être abattu. Je décide alors de me rendre sur place équipé de mon appareil photo ainsi que d’une caméra super8. Arrivé sur place, je me suis très vite aperçu que ce n’étaient pas des bucherons mais des ouvriers de la SNCF qui se chargeraient de l’abattage. Ils ont commencé à entamer le tronc de près d’ 1,50m de diamètre avec de petites haches et une tronçonneuse. La tâche fut vaine. Très vite, ils ont fait appel à un bulldozer présent non loin de là. L’arbre frémissait à peine à chaque coup de bulldozer. Les ouvriers ont eu l’idée de faire une butte de terre afin d’attaquer le tronc plus haut. La pelle du bulldozer avait la charge d’écorner le tronc (un des vérins du bulldozer en a été cassé). Après plus d’une heure, l’orme s’est mis à pencher. J’ai alors fixé ma caméra super8 sur un trépied pour immortaliser la scène. J’ai armé mon appareil photo et fixé l’instant où l’arbre centenaire est tombé. Le tronc est resté longtemps couché sur la butte. Je crois que c’est la seule fois que j’ai noté l’heure sur une de mes images…
Cet arbre se trouvait à l’actuel carrefour entre le boulevard des Coquibus et la rue Blaise Pascal. On devine d’ailleurs la Préfecture à l’arrière-plan de l’image. J’ai bien proposé à l’époque de nommer un lieu en sa mémoire, le cours « L’Orme à Martin ». Blaise Pascal lui a été préféré.
Finalement, le maire de Courcouronnes de l’époque a été sensible à l’histoire et au destin de cet arbre ; il décidera de lui rendre hommage en donnant son nom à une avenue dans le quartier du Canal.

Dominique PLANQUETTE